Crédit : Maéva-Bardy - Fondation Tara Ocean
Le microbiome arctique, encore peu connu, pourrait être mieux compris grâce au projet MICROARCTIC et au navire Tara-Polar Station. Pierre Galand, à l’initiative de ce projet, est scientifique au sein du Laboratoire d'écogéochimie des environnements benthiques de l’Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer. Dans cet entretien il nous détaille les objectifs de cette mission et les changements qu’elle pourrait apporter.
Pouvez-vous nous expliquer votre projet MICRO-ARCTIC ?
Spécialiste dans la recherche en écologie microbienne, je m’intéresse aux micro-organismes que l’on retrouve dans le milieu marin. Je cherche à savoir comment ces bactéries interagissent avec l’environnement, à quoi servent-elles, qui sont-elles et que font-elles dans la mer. Dans le cadre du projet MICRO-ARCTIC, axé sur l’océan Arctique central, le but est de comprendre le rôle de ces bactéries arctiques, dans la glace et dans l’eau, à différents moments de l’année. Ce projet s’appuie sur le navire Tara-Polar station, station scientifique polaire dérivante, mis à l’eau en 2025. Désormais, l’objectif est de trouver des financements pour mener ces recherches à bien. Ce début d’année, j’ai obtenu un premier soutien de la fondation BNP Paribas et, en parallèle, j’ai déposé un projet auprès de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).
Que faites vous précisément dans ce projet ?
L'année prochaine lors de la première dérive de la station, je vais embarquer pendant trois mois au printemps, pour prélever des échantillons. Après cette campagne, la majeure partie du travail consistera à les analyser. Grâce à des techniques de séquençage ADN, on pourra voir quelle est la nature de ces micro-organismes et leur rôle. Cette phase prendra plusieurs années, entre les analyses moléculaires et le travail de rédaction.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le microbiome arctique ?
Le microbiome, regroupe un ensemble de micro-organismes : bactéries, archées, eucaryotes (phytoplancton). Ils sont à la base de la chaîne alimentaire et recyclent tout ce qu'ils trouvent dans l'eau de mer, comme des organismes morts. C'est un rôle essentiel.
L'Arctique étant difficile d'accès, ce microbiome a été peu étudié, particulièrement en hiver, et est donc peu connu. À cette saison, l’Arctique est couvert de glace, plongé dans la nuit et fait face à des températures très basses.
Qu'est-ce qui est en train de changer dans l'océan Arctique aujourd'hui ?
Le réchauffement climatique est global, mais il est particulièrement marqué autour des pôles. L'Arctique étant caractérisé par de la glace de mer couvrant l’océan, ce réchauffement entraîne une diminution de celle-ci. Le fonctionnement de l’écosystème marin s’en trouve complètement transformé. Pour le moment, l'impact sur les micro-organismes n’est pas vraiment connu, les expéditions précédentes étant principalement axées sur les parties côtières plus accessibles.
Avec le navire Tara-Polar Station, l’objectif est de lancer un programme sur 20 ans, avec des expéditions tous les 2 ans. Le principe étant que la station se positionne en automne à l'entrée de l'océan Arctique. Elle sera prise dans la glace se formant et dérivera en passant autour du pôle nord grâce aux courants marins. En été, elle ressortira près du Groenland. Cette dérive durera quasiment un an, à travers l'océan Arctique. Elle reviendra ensuite en France pour être équipée à nouveau, réparée si besoin et préparée pour la prochaine expédition. Ainsi, tout ce qui se passe au cours d’une année dans l’océan Arctique pourra être étudié. En particulier l'hiver, qui d'habitude, à part avec des brise-glace très puissants, est difficile d’accès. C'est un programme assez ambitieux, parce que sur 20 ans il faut trouver les financements et des personnes motivées pour embarquer. Mais c'est une opportunité unique d'accéder à l'Arctique de façon régulière.
Pour terminer, selon vous, dans quelle mesure ce projet pourra améliorer les modèles climatiques actuels et la conservation des écosystèmes polaires ?
Ce projet permettra d’approfondir notre connaissance de cet écosystème et plus particulièrement le rôle de ces micro-organismes recyclant le carbone. Nous allons mesurer la part de carbone stockée dans l'océan face à celle relâchée dans l’atmosphère et ces données permettront ensuite d'affiner les modèles climatiques et nos prévisions futures.








