Les épidémies survenues ces dernières années dans les régions tropicales ont été causées par des virus nouveaux, ce qui révèle notre méconnaissance profonde de la diversité virale présente au sein de ces écosystèmes. Afin de réduire une telle ignorance, nous proposons d'utiliser les fourmis légionnaires du genre Dorylus comme stratégie indirecte d'échantillonnage de la faune sauvage. Ces fourmis, très voraces, consomment en grande quantité toutes sortes d’êtres vivants, incluant animaux vertébrés et invertébrés, insectes et plantes. Dans le cadre d'une étude menée en 2023, 209 fourmis légionnaires ont été collectées sur les pistes au Nord-Est du Gabon. Au moyen de techniques de métagénomique virale, nous avons détecté près de 500 000 séquences génétiques dont 46 377 (10,5%) appartenaient à des virus de bactéries, de plantes, d'invertébrés et de vertébrés, démontrant la capacité de ces fourmis à accumuler une quantité prodigieuse de virus issus de leurs proies. Parmi ces séquences virales, 22 406 séquences seulement (soit 48,3%) étaient associées à des virus connus. Ces fourmis pourraient donc se révéler précieuses dans l'exploration du virome des écosystèmes tropicaux et la mise en place d'une stratégie novatrice de surveillance des zoonoses virales dans un environnement où les émergences sont fréquentes.
Portrait du conférencier
Titulaire d’un doctorat de médecine vétérinaire (Ecole nationale vétérinaire d’Alfort), d’un doctorat d’immunologie de Sorbonne université et d’une habilitation à diriger la recherche (HDR) en virologie de Sorbonne université, Eric Leroy est virologue, spécialisé dans les zoonoses virales. Il est actuellement directeur de recherche de classe exceptionnelle au sein de l’Unité internationale de Recherche TransVIHMI, université de Montpellier-IRD-Inserm, une unité de recherche localisée à Montpellier qui conduit des recherches intégratives et transdisciplinaires à l’interface animal-humain-environnement pour comprendre les mécanismes d’émergence et de diffusion des agents pathogènes dans les écosystèmes. Il a travaillé pendant plus de 20 ans au Gabon et dans plusieurs autres pays d’Afrique centrale, où il s'est toujours efforcé de mener des travaux de recherche combinés à des actions de santé publique dans le domaine du diagnostic des maladies infectieuses ainsi qu’à des activités de formation, tant dans la participation à des enseignements universitaires que dans la direction de thèses et de mémoires de Master. Ses travaux ont d’abord principalement porté sur le virus Ebola, mais se sont ensuite étendus aux autres fièvres hémorragiques virales qui sévissent sur le continent africain, aux maladies virales émergentes, aux infections à virus hautement pathogènes et plus généralement à toutes les maladies virales présentant un risque pour la santé publique des populations d’Afrique centrale. En s’appuyant sur une approche pluridisciplinaire de type "One Health" depuis plus de 30 ans, son programme de recherche s’intéresse à toute la chaine des événements qui aboutissent in fine à l’émergence d’un virus chez l’Homme, depuis sa source naturelle jusqu’à sa dissémination au sein des populations. Elucider les cycles naturels des virus dans leur milieu, déterminer les modalités d’exposition et les mécanismes de contamination de l’Homme, explorer les modalités qui gouvernent les transferts inter-espèces et l’adaptation à un nouvel hôte constituent les fondements de sa démarche scientifique. L’ensemble des travaux menés sur les fièvres hémorragiques virales, les arboviroses et les maladies virales émergentes ont abouti à la publication de 290 articles scientifiques et lui ont valu d’être récompensé en 2009 par le prix Christophe Mérieux, un des cinq grands prix décernés par l’institut de France, et par le Grand prix d’Honneur de la recherche scientifique au Gabon. Enfin, il a dirigé un institut international de recherche au Gabon, le centre international de recherches médicales de Franceville entre 2012 et 2018, un centre régional de référence OMS sur les fièvres hémorragiques virales et les arboviroses au Gabon entre 2001 et 2018.








