Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

accès rapides, services personnalisés
Observatoire océanologique de Banyuls sur mer
Laboratoire Arago

Les légumineuses : des catalyseurs naturels de l'activité microbienne des sols

copyright : photo de champignon mycorhizien à arbuscules (R. Duponnois)

La surexploitation des ressources naturelles en milieu méditerranéen et tropical au cours de ces dernières décennies a entrainé une fragilisation des sols aggravant les phénomènes d’érosion hydrique et éolienne qui aboutissent à un appauvrissement des ressources telluriques minérales et organiques mais aussi des caractéristiques de la microflore tant au niveau de sa structure que de sa diversité fonctionnelle. Parmi les composantes microbiennes particulièrement sensibles à cette pression anthropique figurent les champignons mycorhiziens. Ces symbiotes fongiques sont des microorganismes indispensables à la croissance de la majorité des plantes terrestres. Outre leur rôle dans la nutrition minérale de la plante hôte, ils améliorent aussi la résistance de la plante vis à vis de stress biotiques (Ex : attaques parasitaires) et abiotiques (Ex: métaux lourds, stress salin ou hydrique). Dans les sols dégradés, le potentiel mycorhizien des sols atteint généralement un seuil en termes d’abondance et de diversité de propagules fongiques qui ne permet plus à la communauté de champignons mycorhiziens d’assurer leur rôle vis à vis de la couverture végétale. Il est alors nécessaire de promouvoir le développement de ces symbiotes microbiens via un apport en masse de champignon (mycorhization contrôlée) ou via une gestion du peuplement résiduel par l’utilisation de vecteurs biologiques particulièrement adaptés aux conditions drastiques rencontrées dans ces régions (Ex : carences minérales, sécheresse). Dans les premiers stades des processus de succession dans la dynamique des écosystèmes forestiers figurent des espèces arbustives dont certaines matérialisent au niveau de leur rhizosphère des îlots de fertilité en hébergeant des communautés de symbiotes fongiques abondants et très diversifiés. Ces arbustes nommés « plantes facilitatrices » ou « plantes nurses » qui sont fréquemment des légumineuses pourraient jouer un rôle significatif dans les processus de régénération naturelle des formations forestières méditerranéennes et tropicales en facilitant les premiers stades de croissance des jeunes plants forestiers. Elles pourraient également être utilisées comme des outils biologiques favorisant le fonctionnement biologique des sols cultivés dans le cadre d’une agriculture durable à faibles apports d’intrans.

Les principaux résultats obtenus dans les programmes de reboisement de sites forestiers par des essences forestières méditerranéennes (Ex: Cyprès de l’atlas) ou tropicales (Ex : Uapaca bojeri) seront présentées en soulignant l’importance de ces symbioses mycorhiziennes dans la réussite de ces opérations mais également en décrivant les différentes stratégies susceptibles d’être mises en œuvre pour optimiser le fonctionnement de la symbiose mycorhizienne et son impact sur la croissance de l’arbre hôte. D’autres exemples seront développés sur l’opportunité de transférer ces connaissances acquises en milieu naturel vers les agrosystèmes afin d’identifier des itinéraires culturaux performants et durables.

Mots clés : légumineuses, symbiose mycorhizienne, microflore, diversité fonctionnelle, plantes nurses, agroécosystème

 

Portrait du Conférencier

Robin DUPONNOIS, Directeur de Recherche 1ère Classe à l’IRD, a été recruté à l’IRD en 1992 après avoir obtenu la même année un doctorat en biologie forestière de l’Université de Nancy. Microbiologiste de formation, il a développé des travaux visant à comprendre et à optimiser le rôle de la symbiose mycorhizienne dans les mécanismes biologiques assurant la productivité et la stabilité des agro- et écosystèmes en milieu tropical et méditerranéen. Ces recherches ont été réalisées principalement au Sénégal, au Burkina Faso, à Madagascar et en Afrique du nord (Maroc, Algérie). Il s’est également engagé dans la diffusion et la valorisation des acquis de la recherche vers la sphère socio-économique des pays du sud et du nord. Signataire de 588 références scientifiques dont 126 articles de rang A, 42 articles non indexés, 56 chapitres d’ouvrage, 6 ouvrages, 316  communications orales ou affichées et 12 brevets., il est actuellement directeur du laboratoire des symbioses tropicales & méditerranéennes (LSTM) à Montpellier.

Sophie Sanchez - 31/08/16