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Observatoire océanologique de Banyuls sur mer
Laboratoire Arago

De la biodiversité à la bio-inspiration et au bio-mimétisme

La biodiversité est la fraction vivante de la nature et peut être définie comme étant tout l’ensemble des relations établies entre les êtres vivants, entre eux et avec leur environnement. Elle ne peut en aucun cas être assimilée à un simple catalogue ou liste d’espèces dans un milieu particulier. Aujourd’hui, nous connaissons, décrites et déposées dans les Musées d’histoire naturelle, un peu plus de 2 millions d’espèces, tous organismes confondus, virus, bactéries, protozoaires, champignons, plantes et animaux et nous imaginons qu’il y en a encore beaucoup plus à découvrir. Ces espèces se sont, dans leurs contraintes environnementales, organisées depuis les origines en écosystèmes, plus ou moins complexes. Les interrelations entre les organismes et leurs relations avec le milieu déterminent le fonctionnement et la fonctionnalité de ces écosystèmes, et par extension les « services » que l’humanité pourra en tirer.

En 1997, sort un livre aux Etats-Unis écrit par Janine M. Benyus, sous le titre de « Biomimicry, innovation inspired by nature ». Cet ouvrage va alors bien structurer des approches finalement démarrées depuis fort longtemps mais jamais réellement organisées. Léonard de Vinci, au XVIème siècle  n’écrivait-il pas déjà «…prenez vos leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur… » ! Le bio-mimétisme ou la bio-inspiration sont une approche consistant à étudier la nature sous toutes ses formes, animaux, plantes, champignons, microorganismes, écosystèmes, et à en tirer des développements technologiques : on s’en inspire alors afin de concevoir des matériaux, des procédés, ou des stratégies novateurs au service de l’humain, moins polluants, moins consommateurs d’énergie, recyclables, plus sûrs, de meilleures qualités et à moindre coût.

Prenant pour support d’analyse le monde vivant, la biomimétique traduit, par un effort d’abstraction, les modèles biologiques analysés en concepts techniques ou développements industriels. Il s’agit donc par construction d’une démarche interdisciplinaire sollicitant sciences fondamentales et sciences de l’ingénieur. Cette démarche n’est pas du tout une nouvelle science ou une nouvelle discipline mais plutôt une méthodologie ou mieux une approche transversale, voire une « philosophie », applicable dans nombre de domaines scientifiques et techniques et susceptible d’apporter des « réponses » à nos besoins actuels. Le potentiel offert par le monde vivant est immense. L’extraordinaire diversité qui le caractérise en fait un « réservoir à idées » unique pour nos chercheurs et nos ingénieurs.

De nombreuses réalisations récentes dans le domaine de l’énergie, de la chimie verte, de la dépollution, du recyclage des déchets, des matériaux, des transports, de l’architecture, de l’agriculture… ou de notre vie de tous les jours seront détaillées. La démarche biomimétique en recherche et développement sous-entend de nous réapproprier le monde du vivant, nous inspirer des formes, des relations, des matériaux, des mécanismes offerts par son « génie ». C’est une démarche qui suppose humilité, partage et respect, valeurs sans lesquelles l’avenir de l’humanité sera bien sombre.

 

Portrait du Conférencier

Gilles BOEUF est Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC), affecté à l’Observatoire Océanologique de Banyuls ou il développe sa recherche au sein de l’Unité « Biologie intégrative des organismes marins ». Il est Président du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). Il a également été professeur invité au Collège de France sur la Chaire « Développement durable, énergies, environnement et sociétés » et a dédié son enseignement au thème « Biodiversité, ses croisements avec l’humanité » pour l’année universitaire 2013-2014.

Il est également Président du Conseil scientifique du CIRAD, de la commission environnement de la Fondation de France, du Conseil Scientifique d’Agropolis International à Montpellier, du Pôle d’entomologie forestière de l’ONF-OPIE et de la Réserve naturelle de la Massane, dans les Pyrénées Orientales. Il est membre du Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité auprès du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie, membre des Conseils d’Administration des Aires Marines Protégées et de l’Association « Humanité et biodiversité », membre du Comité de Perfectionnement du Centre Scientifique de Monaco, membre du Bureau de l’Integovernmental  Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES) Il est membre de la Commission Française de l’Unesco, chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite.

Spécialiste de physiologie environnementale et de biodiversité, marine et terrestre, il a également beaucoup travaillé sur les bases biologiques de l’aquaculture. Il est l’auteur de plus de 400 articles scientifiques (>150 de rang A), de vulgarisation scientifique, de chapitres de livres, de communications et est fréquemment invité, en France et à l’étranger. Il a fait plus de 100 missions à l’étranger à destination d’une quarantaine de pays. Il fait de nombreuses conférences publiques ainsi qu’à destination des personnels de collectivités, de grands établissements ou d’entreprises, essentiellement sur la vie dans les océans, les ressources vivantes, le rôle de l’eau dans le vivant et sur la biodiversité. Il a, entre autres, publié en livres ou chapitres de livres The Mediterranean Region, biodiversity in space and time chez Oxford University Press en 2010,  Quelle Terre allons-nous laisser à nos enfants ?  Dans « Aux origines de l’environnement », chez Fayard, en 2010, Water, a key molecule for living, water in metabolism and biodiversity, in “Water: the forgotten molecule”, chez Pan Stanford Publishing, en 2011, co-édité « L’Homme peut-il s’adapter à lui-même ? », chez Quae, en 2012, Biodiversité en environnement marin, chez Quae en 2013, a écrit le premier chapitre du livre “Vulnérabilité  du système océanique” chez Hermés ISTE et « Biodiversity in the Marine Environment » chez Springer en 2014. Sa leçon inaugurale au Collège de France, « Biodiversité, de l’océan à la Cité » a été  publiée chez Fayard en mai 2014.

Sophie Sanchez (sophie.sanchez @ obs-banyuls.fr) - 01/06/16