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Comment le porteur de la lanterne d'Aristote peut-il encore nous éclairer ?

Qui porte encore la lanterne d’Aristote ? un petit animal très piquant que vous essayez d’éviter lorsque vous posez le pied sur la côte rocheuse : l’oursin.
Avec l’étoile mais aussi le concombre de mer il appartient au phylum des échinodermes dont les premières traces fossiles remontent au cambrien. Environ 7000 espèces sont parvenues jusqu’à nous. La classe des échinidés est l’une des cinq qui composent le phylum, elle en partage une des caractéristiques les plus marquantes, la symétrie penta-radiée que l’on observe chez l’adulte. Quant à la larve, elle possède une symétrie bilatérale qui est commune à la plupart des animaux et se retrouve chez l’homme. La similitude avec l’homme s’étend bien au-delà puisque le séquençage du génome de l’oursin a révélé que ce cousin éloigné avait 70% de ses gènes semblables aux nôtres. Pas étonnant donc que les scientifiques, et Aristote le premier, se soient intéressés à cette espèce marine. Sans doute l’attention de l’homme de sciences était-elle déjà attirée par cet étrange animal, un jour de printemps où il le dégustait. En effet l’oursin était déjà apprécié chez les grecs, et Aristote souligne les qualités gustatives et l’abondance des « ufs » que l’on consomme. En même temps il remarque la particularité morphologique du système buccal, en forme de lanterne dont le nom rappellera plus tard sa mémoire. C’est en fait le système reproducteur qui retiendra particulièrement l’attention des chercheurs : une fécondation externe, que l’on peut réaliser en laboratoire, des ufs parfaitement transparents et des larves en abondance feront de cet animal un modèle classique pour l’étude de la fécondation, de la division cellulaire et surtout du développement.
Selon vous, comment fût déterminé le rôle du sperme dans la fécondation ? Quel animal modèle a permis de décrire les premières divisions embryonnaires ?... l’oursin. Chez quelle espèce fut découverte la première cycline, rouage essentiel des mécanismes de contrôle de la division cellulaire ?...encore l’oursin … Mais aussi : comment l’oursin nous sert-il actuellement à comprendre la façon dont l’embryon se construit, ou bien encore à déceler de nouvelles molécules à usage thérapeutique, comme des anti-prolifératifs par exemple? Voici quelques questions qui seront abordées le mercredi 11 Mai 2011.
Anne-Marie Genevière est biologiste, chargée de recherches au
CNRS, responsable du groupe de recherche : « Mécanismes cellulaires
au cours développement
» au sein de l'Unité de Biologie Intégrative des Organismes Marins
(UMR 7232-BIOM UPMC/CNRS) du Laboratoire Arago.
Après un doctorat en neurobiologie, son intérêt s’est porté sur les mécanismes moléculaires qui actionnent les divisions cellulaires. C’est en rejoignant le laboratoire Arago qu’elle a adopté comme modèle biologique l’oursin. Cet organisme lui a permis en outre d’étudier comment le génome de l’embryon nouvellement formé se duplique pour la première fois mais aussi de mettre en évidence une nouvelle enzyme dont le rôle s’avère essentiel pour l’expression des gènes et le déroulement du développement.



